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Intervention de Magda Hollander-Lafon - MIR (6 mars 2019)

Je suis juive, née en Hongrie. J’avais 16 ans quand j’ai été déportée de ce pays avec ma famille.

Je suis une des rares survivantes parmi les juifs hongrois.

Après les camps, au-delà de toute culpabilité d’avoir survécu, au-delà de toutes les peurs et les angoisses de me retrouver toute seule face à la vie, je rêvais de restaurer la dignité de l’Homme, là où son humanité a été humiliée, asservie, anéantie.

Parler et écrire sont pour moi une véritable épreuve, mais je ne peux me dérober.

J’obéis, non pas à un devoir de mémoire mais à une fidélité à la mémoire de ceux qui ont disparu devant mes yeux, uniquement parce que juifs.

Il m’est revenu qu’à Birkenau, une mourante m’avait fait signe, ouvrant sa main qui contenait 4 petits bouts de pain, pour moi. Elle m’avait dit : « Tu es jeune, tu dois vivre pour témoigner de ce qu’il se passe ici. Tu vas le dire pour que cela n’arrive plus jamais dans le monde ».

J’ai oublié ce message pendant 30 ans, jusqu’au jour où j’ai lu dans une revue le mensonge de Darquier de Pellepoix qui osait dire qu’à Auschwitz, on a gazé des poux.

Si un être humain est un pou c’est que l’univers est un pou.

Cela m’a révolté.

La question est devenue pour moi : « Comment témoigner, comment transmettre une mémoire douloureuse de façon à mobiliser chez chacun un appel à la vie ? »

J’ai senti que ma mémoire était restée longtemps sous l’emprise des bourreaux nazis et ne pouvait être libérée que par un travail sur moi, en reconnaissant, en revivant, les blessures absorbées par ma peau.

Ce chemin de pacification vers ma vie me permet de me dégager d’un poids immense, de me restituer à mon histoire personnelle, à mon identité, de toucher en moi la vie que je suis.

Aujourd’hui, je ne me sens plus une victime de la Shoah mais un témoin de la Shoah.

Si je me sentais victime de la Shoah, je revendiquerais ma vie au lieu de la vivre.

Comment pourrais-je prendre ma place de témoin, sans consentir à ce chemin ?

Je me sens une immense responsabilité quand je suis face aux jeunes.

La foi en la vie inspire toutes mes interventions.

J’ai une immense confiance en tous les jeunes. Je les ressens plein d’attentes, de présence, de sensibilité et d’ouverture.

Ils me posent des questions très profondes. Ils sont habités d’une potentialité et d’une richesse personnelle qui m’émerveillent.

Je les invite à changer leur regard sur eux-mêmes.

Je leur dis : « Lorsque vous êtes témoins d’une situation que vous ressentez comme inacceptable, humainement injuste, faites vous confiance, discernez, choisissez, et devenez responsables de votre choix. Transformez l’indifférence et l’ignorance en connaissance ».

Combien, nous les adultes, nous avons aussi à changer notre regard sur eux. Je vous propose de les prendre là où ils sont et non pas là où nous voudrions qu’ils soient.

J’ai une foi immense à leur devenir.

Il nous reste maintenant à imaginer ensemble comment œuvrer, comment cultiver de vrais liens avec moins de peur. Retrouvons en nous l’espérance en l’humanité de l’homme afin de devenir des témoins vigilants, aujourd’hui, là où nous sommes.

Demain dépend de chacun de nous.

 

Intervention de Magda Hollander-Lafon lors du vernissage de l'exposition "Les grandes résistantes contemporaines" à l'occasion de la Journée Internationale des Droits des Femmes 2019.

 

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